Maternité

Témoignage : quand la rêve de la grossesse s’envole …

Aujourd’hui j’ai eu envie de mettre en lumière les grossesses qui n’aboutissent pas mais qui brise le cœur, les fausses couches, les œufs clairs …. Ce bébé que l’on aimait déjà que l’on imaginait mais qui n’arrivera jamais. Je vais vous confier le témoignage de juju sur sa grossesse arrêté et sur sa douleur à l’annonce et après …

Le désir du deuxième bébé arrive

Je n’ai jamais voulu avoir de deuxième enfant. J’ai toujours dit que je n’en aurais qu’un seul. Je me suis peut être porté malheur. Après la mort d’un de mes amis, je me suis rendue compte qu’on pouvait partir du jour au lendemain. Et surtout qu’on pouvait laisser sa famille du jour au lendemain aussi.


Mon copain lui, ne l’a jamais caché : il voulait deux enfants et quand je lui disais non, je lisais la déception sur son visage. Et si il partait, comme mon ami, du jour au lendemain ? Est ce que je m’en voudrais de lui avoir refusé ce deuxième bébé ?
Qui plus est, deux de mes amies ont accouché et ont eu leur tout petit que je suis allée voir et dont je suis tombée littéralement amoureuse. Ça m’a rappelée tellement de souvenirs. J’observais Jack, si attentionné, doux, avec ces toutes petites crevettes et, d’un coup, je l’ai imaginé en grand frère.

J’ai donc fini par annoncer le 27 novembre 2019 à mon copain que j’étais d’accord pour un deuxième bébé. Il était très ému. Choqué mais ému. La seule condition c’était d’attendre janvier 2020. Pour tout recommencer à zéro.

La joie du début de la grossesse

Le 17 janvier, je fais un test de grossesse dans les toilettes de mon boulot. Résultat sans attente : enceinte 1-2 semaines. J’en tremblais de joie, je ne pensais pas que je serais si heureuse. Le soir même je l’annonce à mon copain en lui offrant un petit cadeau dans lequel se trouvait le test, bien caché. Il en a pleuré de joie. Il a pleuré alors que pour notre premier fils il n’a pas versé une larme malgré l’émotion. Pendant un mois je touchais mon ventre qui grossissait à vue d’œil. Apparemment pour le deuxième c’est normal.
Au bout de trois semaines on fini par l’annoncer à nos proches, on ne tenait plus et moi ça se voyait . Que du bonheur. J’imaginais une fille. Je lui parlais. Je caressais mon ventre. Je lui chantais des chansons comme je faisais pour son frère.

le ventre de Julie en début de grossesse

C’était mon petit secret à moi au travail car je ne l’avais pas annoncé. Je portais des pulls amples pour bien cacher mon ventre. Je portais déjà des pantalons de grossesse. Jack, a qui on avait expliqué et annoncé la nouvelle était trop content. Il faisait des bisous à mon ventre. J’étais joie. Le 14 février 2020, je prends rendez vous chez une échographe à Paris pour faire une échographie de datation. Je suis toute contente car je ne l’ai pas dit à mon copain. Je comptais lui offrir une photo de son deuxième bébé le soir même pour la saint Valentin.

Le rêve du bébé devient cauchemar …

Lui faire une belle surprise comme dans les films romantiques. L’échographe m’installe. Elle met sa sonde sur mon ventre. Elle se met à chercher. Elle me dit « c’est bizarre je ne vois rien! » .. donc je me demande si elle est bigleuse. Du coup elle me fait une échographie pelvienne. Elle me dit « je confirme ! Vous êtes enceinte mais je ne vois pas d’embryon.. je ne suis pas très optimiste » dit elle en chantonnant. Moi j’ai l’impression de m’être pris un poteau. Et là elle me dit cash

« non pour moi vous faites une fausse couche, un œuf clair, les cellules se sont assemblées mais ne se sont pas développées. Il faudrait que vous fassiez une prise de sang pour vérifier le taux bêta hcg. Mais pour moi c’est un juste un embryon de mauvaise qualité. Vous payez par carte bleue ou espèces? Ça fera 53€! »

J’étais sonnée. Je me souviens à peine avoir payé. A peine sortie du cabinet avec ma photo de mon œuf clair je marche quelques pas.. puis je craque. J’appelle mon copain qui ne décroche pas et qui fini par me rappeler 30 minutes plus tard. Je lui annonce la « nouvelle » .. Je suis en train de faire une fausse couche. Lui, il refuse d’y croire. Il a de l’espoir et me soutient. Il m’emmène faire une prise de sang le lendemain. La dame du labo (c’était un samedi) me dit « on vous envoie les résultats par mail ce soir sans faute » .. Ce qui, bien entendu, n’a pas été le cas. Je suis restée tout le week-end à pleurer. Le samedi soir j’avais invité ma meilleure amie pour justement, à la base, lui annoncer que j’étais enceinte. Là, je lui ai annoncé que je faisais sûrement une fausse couche. Super. Le lundi je pars au labo en gueulant que j’ai attendu les résultats le samedi et la nana me sort « nan mais c’est les vacances madame, on travaille mais on est pas nombreuses donc on a oublié » .. Rien que là ça me confirmait que j’étais qu’un dossier. Un numéro. Je regarde le taux : 24678. Donc un beau taux. Je vais chez mon médecin qui me dit qu’elle est confiante et que tout va bien se passer mais que je dois refaire une prise de sang dans une semaine pour voir si le taux évolue bien et qu’il ne diminue pas.

l’échographie ou tout bascule …

Encore l’espoir que le bébé s’accroche

La semaine suit son cours. Je suis terriblement stressée. Je suis bercée entre l’espoir et l’angoisse. Je me détache complètement de ce bébé à qui je parlais encore quelques jours plus tôt. Le mercredi soir je vais aux toilettes et en m’essuyant je vois du sang marron sur le papier. Je me mets à pleurer direct, je sais ce que ça veut dire. Mon copain essaie de rester optimiste en me disant qu’au même stade, à 9SA, j’en avais eu pour Jack. Le lendemain matin je fonce au labo pour une nouvelle prise de sang. J’attends les résultats au travail. Toute la journée je n’attends qu’une chose : l’heure d’aller les chercher. Je ne fais que pleurer.


Ma chef, à qui j’avais fini par tout raconter essayait de me consoler et de me faire positiver. L’heure sonne. Je cours au labo. J’ouvre l’enveloppe…. le couperet tombe : un taux à 18600, donc en baisse. Je fais bel et bien un œuf clair. Je retourne chez mon médecin qui donc, me confirme ma fausse couche, m’explique comment ça fonctionne (alors qu’en vrai j’en ai rien à foutre) et elle me fait un arrêt de 2 jours. Vendredi, samedi et dimanche. J’hallucine. Je perds mon bébé, mon troisième amour et j’ai 3 jours pour m’en remettre? Je lui demande les cachets pour avorter et elle me dit qu’elle ne peut pas me faire l’ordonnance, que je dois aller aux urgences maternités. Donc je fais une fausse couche et je dois aller m’entourer de bonnes femmes prêtes à avoir leur bébé, leur vrai bébé vivant.

Je sors donc de chez elle avec mon arrêt de deux jours et mon ordonnance pour encore une échographie pelvienne, je commence à avoir l’impression d’être une dinde.. et là en pleine rue je craque. Je hurle de douleur. Je pleurs toutes les larmes de mon cœur et de mon corps. Je finis par terre à faire une crise de spasmophilie devant des gens qui me regardent mais ne s’arrêtent pas. Personne ne me vient en aide. Je me sens tellement seule. Trahie par mon corps. Je lui en veut tellement que j’ai presque envie de mourir.

la douleur de perdre un bébé


J’attrape mon téléphone et appelle ma mère, qui était au travail. Elle essaie de me calmer en utilisant l’argument «c’était pas un vrai bébé et le prochain ça sera la bonne! » elle me propose de garder le petit le soir pour que j’aille aux urgences le soir même. J’appelle mon amie sage femme, qui m’a suivie pour ma grossesse pour Jack et à qui j’allais annoncer ma grossesse et demander de me suivre à nouveau et lui explique toute la situation. Elle m’écoute calmement et me rassure en me disant qu’elle sera là le soir même et qu’elle m’accompagnera ainsi que sa sœur (ma meilleure amie). Le soir je rejoins ma copine sage femme aux urgences maternité. Je suis entourée de femmes enceintes prêtes à accoucher.

On m’appelle pour une dernière écho de contrôle. Je suis avec mon copain, ma meilleure amie et sa sœur, ma sage femme donc. Effectivement la « poche » a diminué. L’œuf commence à s’expulser seul. Je vois le regard de mon copain… tellement déçu, triste.. La gynécologue me propose deux choses : un curetage ou des médocs. Je choisi l’option médoc. En gros je m’auto avorterai au calme chez moi. « De toute façon, c’est pas vraiment un bébé c’est qu’une poche » me sort la gynécologue.

Devoir mettre fin toute seule à sa grossesse

Je repars avec les médocs, un arrêt de travail de 10 jours et je vais me bourrer la gueule dans un bar avec ma meilleure amie et mon mec. Le surlendemain, un dimanche, je prends le premier cachet. Mes mains tremblent. Je sais que ce n’est pas un bébé mais j’ai l’impression que je vais le tuer quand même. Je suis vraiment mal psychologiquement. Et je me sens seule. Et j’ai envie d’être seule d’ailleurs, c’est une sensation bizarre. Le médicament que je dois prendre c’est le misone et je dois prendre un comprimé toutes les 8 heures pendant 48h. Je m’enferme dans ma chambre devant un film… et là commencent les contractions. Pas les mêmes que lors de l’accouchement mais costauds quand même car j’en pleure de douleur. Je vais aux toilettes et je me vide de mon sang. Et ça a été comme ça pendant 6 jours. Je pensais avoir expulsé mon œuf dans les toilettes la nuit de dimanche à lundi. Mais c’est en allant chercher mon fils à l’école le jeudi après-midi que d’un coup je m’arrête. Je sens une grosse masse sortir de mon vagin. Du sang coule sur mon pantalon malgré les protections. On se dépêche donc de rentrer à la maison. Je cours aux toilettes, baisse ma culotte et le vois. Cet œuf. Ce bébé qui n’en est pas un. Ce bébé que j’ai aimé pendant 7 semaines (j’étais à 9 SA). A qui je parlais. Que j’imaginais. Il est là. Dans ma culotte. Je me mets à pleurer comme si on m’avait annoncé la mort de quelqu’un. D’ailleurs c’est comme ça que je l’ai ressenti. La mort de mon bébé, qui n’en était pas un. Je n’ai pas pu le mettre dans les toilettes. Je l’ai emballé et mis à la poubelle.

Les mots blessants des autres sur sa grossesse arrêté

Je suis retournée chez le médecin à la fin de mon arrêt de travail car je pleurais tout le temps et saignais toujours beaucoup. Le médecin, sans aucune empathie me dit « vous savez les fausses couches c’est commun, presque toutes les femmes en font vous n’êtes pas la seule. Je vous arrête deux jours puis retournez au travail ça va vous changer les idées. Et vous faites une échographie de contrôle dans 10 jours pour être sûr que tout est bien parti » .. Je suis un cas commun. Je ne suis pas une femme qui vient de perdre son enfant puisque c’était pas un enfant.

Je suis juste une femme parmi des milliers d’autres qui a fait une fausse couche. Les gens de mon entourage ont essayé de me remonter le moral mais c’était pire que tout : « c’était pas le bon moment », « peut être que tu aurais eu un enfant handicapé », « la nature est bien faite ton corps sait ce qu’il fait », « c’était pas un vrai bébé et rien ne t’empêche d’en faire un autre » … Ah ouais? Et à aucun moment on a pensé à me dire autre chose que des banalités pareilles? J’ai aimé ce bébé, je l’ai protégé pendant 7 semaines, je lui parlais.. La seule chose censée qu’on m’ait dite c’est « tu sais, tant qu’on a pas vécu la chose, on ne sait pas quoi dire et on ne peut rien dire parce qu’on ne sait pas ce que ça fait » ..

Maintenant, ça fait plus de 6 mois que j’ai avorté de cet œuf. Mais quand je vois une femme enceinte, j’ai les boules. A chaque fois que j’ai mes règles je pleurs car je me dis que normalement je n’aurais pas dû les avoir. A chaque annonce de grossesse je fais mine d’être heureuse mais intérieurement je suis laminée. Le pire c’est quand je suis sur Instagram la fille qui devait accoucher en même temps que moi, qui se plaint de son gros ventre, de la fatigue, de la chaleur.. qui va accoucher bientôt. Moi aussi j’aurais dû accoucher bientôt.

Vouloir un autre bébé, mais trouver le temps long …

Nous ne pouvons même pas essayer de refaire un bébé car suite à tout ça j’ai déclenché une sciatique hyperalgique et une hernie discale. J’ai été alitée 3 mois. Les deux premiers mois qui ont suivi l’avortement on essayait. On s’y mettait à fond et à chaque fois les tests étaient négatifs et mes règles arrivaient. J’étais complètement déréglée.

Lors du dernier test négatif et l’apparition de mes règles qui a suivi quelques heures plus tard mon dos s’est mis à me brûler. A se bloquer. Je ne sais pas si tout est lié mais quand même. C’est bizarre. Depuis nous n’avons pas pu réessayer à cause de mon dos et si je tombais enceinte ça serait une catastrophe vu les médicaments que je prends. Je finis par me dire qu’ils avaient raison : c’était pas le moment. C’est horrible car on a l’impression d’être punie. D’avoir fait quelque chose de mal et que du coup on nous reprend ce qu’on nous a donné. Récemment j’ai eu une discussion banale avec ma mère. Je lui racontais une bêtise que mon fils avait fait et, qu’étant bloquée du dos, c’était compliqué de gérer. Elle m’a répondu « t’imagine t’en aurais eu deux ? Tu serais pas capable de gérer deux enfants t’y arrive déjà pas avec un seul. » Choquée et vexée je lui dis sur un ton ironique « ah bah heureusement que j’ai fait une fausse couche alors, la nature est bien faite! » et elle me répond « ah bah oui heureusement! » .. Ma propre mère. Elle a cassé quelque chose à l’intérieur de moi. Elle m’a fait perdre confiance en moi. Je suis une mauvaise mère c’est ça? Heureusement tout le monde me rassure : mon fils est heureux, poli, empathique, gentil, sociable, il a tout le temps le sourire aux lèvres .. que j’ai bien travaillé avec mon copain. Mais elle a quand même cassé quelque chose. J’y pense très souvent. Enfin voilà mon témoignage.

Perdre un œuf clair c’est aussi douloureux que de perdre un bébé, mais « s’en était pas vraiment un donc c’est pas grave » .. mais si c’est grave. Six mois plus tard je n’ai pas fait mon deuil. Quand je demande à mon copain si pour lui le prochain bébé sera considéré comme le deuxième ou le troisième bébé, il me dit « bah ça sera le deuxième » .. Même lui il fait comme si ce bébé n’avait jamais existé. Pour moi ça sera mon troisième. Ma troisième grossesse. Et j’espère que tout ira bien cette fois.

Merci pour ce poignant et sincère témoignage sur les œufs clairs, j’espère très vite te laisser la place d’écrire ici sur ton troisième bébé <3

4 Comment

  1. Merci beaucoup à Julie pour ce témoignage très poignant. Je la comprends tellement, moi même l’ayant vécu. Les phrases dites gentille des autres qui nous blessé au plus profond. J’espère sincèrement que vous aurez ce 3ème bébé.
    Merci d’avoir partager votre histoire.

    1. Merci à vous pour votre commentaire, je suis désolée que vous ayez dû vivre cet horrible moment aussi.
      J’espère bébé 3, un jour, quand je ne prendrais plus de médoc pour mon dos 🙂
      Bon courage à vous!

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