Monster sur Netflix : pourquoi on finit par avoir de la peine pour les monstres
Monster, ou quand la folie devient presque humaine
Comprendre n’est pas excuser. Mais parfois, comprendre fait vaciller nos certitudes.
J’ai toujours été fascinée par la psychologie criminelle. Et la série Monster sur Netflix m’a encore plongée dans ce vertige : comprendre le mal sans jamais l’excuser.
Pas par le sang ni la peur, mais par cette question qui obsède : qu’est-ce qui peut briser un être au point qu’il en devienne monstrueux ?
J’écoute des podcasts de true crime, je lis des enquêtes, j’essaie de démêler les fils de l’enfance, du trauma, de la dérive. Et la série Monster, sur Netflix, me replonge à chaque saison dans ce même vertige.
Après les frères Menendez, ces deux jeunes Américains qui ont assassiné leurs parents dans les années 90 en affirmant avoir subi des violences sexuelles, la nouvelle saison se concentre sur Ed Gein, celui qui a inspiré Psychose ou Le Silence des Agneaux.
Et encore une fois, je me surprends à ressentir quelque chose d’étrange : une empathie mêlée de malaise.

1. L’art d’humaniser les monstres
Ryan Murphy, le créateur de Monster, est passé maître dans une chose : nous faire regarder le mal de trop près.
La série Monster Netflix ne se contente pas de montrer les crimes : elle nous fait remonter à la source du mal. Elles nous placent dans la peau du bourreau, en remontant jusqu’à la source — l’enfance, la mère, les humiliations, la solitude.
Pour Ed Gein, tout part d’une relation maternelle dévastatrice.
Une mère fanatique, castratrice, obsédée par le péché et la pureté, qui détruit peu à peu l’enfant qu’elle prétend protéger.
Et là, la maman que je suis ne peut pas s’empêcher de ressentir de la peine pour ce petit garçon brisé.
Comment aurait-il pu devenir autre chose, quand tout amour lui a été interdit ?
Puis vient la maladie. La schizophrénie.
Et c’est là que tout bascule : Ed Gein n’agit plus par cruauté consciente, mais sous l’emprise d’une folie qu’il ne maîtrise pas.
Une fois interné et traité, il retrouve une forme de calme, presque de douceur. Et c’est précisément à ce moment qu’il devient troublant : le monstre s’efface, l’humain revient.
2. Quand la fascination devient esthétique
C’est toute l’ambiguïté de Monster.
Avec Monster Netflix, Ryan Murphy transforme la noirceur humaine en drame visuel fascinant.
Netflix filme l’horreur comme une tragédie : lumières soignées, musique poignante, acteurs bouleversants.
Et le spectateur, malgré lui, s’attache.
La série sur les frères Menendez avait déjà soulevé ce malaise : où se situe la limite entre empathie et apologie ?
Certes, leur enfance semble avoir été un enfer. Certes, leur père aurait commis l’irréparable. Mais la série a tellement ému l’opinion qu’elle a fini par réouvrir le débat judiciaire, et relancer l’idée d’une possible libération.
Le pouvoir de la fiction sur la réalité, à l’état pur.
Et aujourd’hui, Ed Gein subit le même traitement : l’image soignée, la lenteur hypnotique, le regard attendri du spectateur.
Mais les victimes, elles, restent dans l’ombre. Elles deviennent des détails.
Et c’est là que ça dérange : quand le monstre occupe tout l’écran, la souffrance qu’il a causée s’efface.
3. Peut-on tout raconter ?
C’est un peu la même question que : peut-on rire de tout ?
Ici, c’est : peut-on tout raconter ?
Parce qu’au-delà des victimes, il y a aussi les familles des monstres.

Celles qui vivent avec ce nom maudit.
Celles qui, parfois, ont contribué malgré elles à la tragédie — par maltraitance, silence ou déni.
Et qui doivent ensuite revivre tout cela, diffusé sur Netflix, analysé, disséqué, rejoué par des acteurs primés.
Quand le mal devient un sujet de divertissement, qui prend vraiment la parole ?
Les morts ? Les vivants ? Ou les producteurs ?
En conclusion : comprendre sans absoudre
Je crois qu’on peut s’intéresser aux tueurs sans les glorifier.
Qu’on peut chercher à comprendre pour prévenir, pas pour excuser.
Et qu’on peut reconnaître la part d’humanité d’un monstre, sans oublier ceux qu’il a détruits.
Parce qu’au fond, si ces séries nous fascinent autant, c’est peut-être parce qu’elles nous tendent un miroir.
Elles nous rappellent que la monstruosité naît toujours quelque part : dans une enfance, un silence, une douleur non dite.
Et c’est peut-être là, la vraie responsabilité du spectateur : regarder, mais sans se laisser hypnotiser.
Comprendre sans absoudre, c’est peut-être le vrai défi que Monster Netflix lance à chacun de nous.
