Témoignage de violence gynécologique : J’ai subi le point du mari …

Vous devez commencer à me connaître, je pense, je suis fermement engagée contre toute forme de violence, sur les enfants bien sûr, mais aussi sur les femmes, les animaux, etc.

En ce moment, on entend beaucoup parler de violence obstétricale, un sujet qui me révolte au plus haut point …

Quand je suis tombée sur le témoignage d’Émilie, je suis restée complétement abasourdie … Dans la foulée, je l’ai contacté et je lui ai demandé de partager son témoignage sur mon blog, elle a accepté avec plaisir.

Émilie en 2018, a subi ce que l’on appelle « le point du mari » voici son puissant témoignage…

Le point du mari, un acte aussi violent qu’absurde

« Votre mari me remerciera, je vous ai fait mieux qu’avant, une vraie jeune fille. »

« Ces mots résonnent en moi depuis 4 mois. 4 mois déjà que je suis supposée avoir vécu la plus belle journée de ma vie et que je vis pourtant un enfer, n’ayons pas peur des mots.
Mes maux, parlons-en. D’aucun diront que j’ai bien peu de pudeur de m’exprimer à ce sujet. Mais je ne sais que trop, que ce sont les maux de milliers de femmes, aujourd’hui encore, en 2018, ce qui semble complètement fou à dire. Alors je crois qu’il faut en parler. Et égoïstement, je dois reconnaître que je pense à écrire tout cela depuis 4 mois, et que je me persuade que cela m’aidera à avancer. Une amie éducatrice avait intitulé son mémoire « mettre des mots sur ses maux » il me semble. Si joliment trouvé. Je vais essayer. »

Émilie, fait partit des femmes qui ont une peur panique d’accoucher par voie basse, elle a avait fait part à l’équipe médicale, de tout ce qui lui faisait peur, et rêvait d’une césarienne « de confort » qu’elle n’a pas eu, elle a eu en revanche l’accouchement de son pire cauchemar..

« Puis arrive le 09 juin. Dans la nuit, aux alentours de 04h, je perds les eaux et nous voilà partis, le futur papa et moi pour l’hôpital. Très bien pris en charge, tout s’enchaîne « relativement » vite. A 10h, on me pose la péridurale et les douleurs des contractions disparaissent.

Assez rapidement, je ressens à nouveau les contractions, non pas dans le ventre ni dans le dos, mais au niveau du rectum. J’en fais part à l’équipe médicale, la douleur est intense.

Finalement, au bout de 25 minutes de poussées, ça n’avance pas. Il faut appeler la gynéco. Je pleure. On me l’annonce la mort dans l’âme. Elles savent que tout ce que je redoutais va se produire. On continue d’essayer le temps qu’elle arrive. Je continue d’avoir mal. Rien ne fait effet. »

Quand le point de trop arrive …

Alors quand Dr K. arrive et m’examine avant de choisir son instrument, je lui hurle ma douleur.
Elle demande « elle a mal la dame. Pourquoi elle a mal ? » Quelqu’un dans la salle répond « elle a pas mal ».
Dr K. fait alors confiance à son équipe et y va. Avec la ventouse. Je ressens profondément chacun des vas et vient en moi, tandis qu’elle essaie de tirer mon bebe hors de moi.

Finalement, avec les forceps, elles réussissent à sortir mon fils. Mon bébé se retrouve sur mon torse et je ne réalise même pas. Je tremble de douleur. J’aimerais être morte à ce moment là. J’ai l’impression d’avoir été violée. Je m’entends même demander à ce qu’on me prenne le bébé, « je vais le faire tomber » j’ai trop mal. Tout redescends. C’est fini. Enfin presque.

« Il va plus falloir bouger du tout maintenant Madame, je dois recoudre » – la voix du Dr K. me ramène à la réalité tandis que j’envoie le nouveau papa faire le peau à peau avec notre si beau bébé.
Je lui demande alors innocemment si j’ai été déchirée. « Bah j’ai coupé hein Madame ».
Ah. D’accord. Bon. L’épisiotomie étant un acte chirurgical, il est soumis à l’accord du patient, mais passons, je suis supposée vivre le meilleur moment de ma vie vous savez, faudrait pas en plus avoir des exigences.

Elle m’explique également que l’épisiotomie a été faite trop tardivement ... une déchirure importante s’ajoute à mes séquelles, « il va falloir un certain nombre de points ».
Elle pique, j’hurle. « Ah mais vous sentez l’aiguille ? » EUH OUI ? Comme la ventouse, les forceps, vos mains, mon bébé … c’est pas faute de l’avoir dit quand même.
Sauf que la patiente, on ne l’écoute pas. On ne la croit pas. On préfère croire quelqu’un qui a fait médecine. « On m’avait dit que vous aviez déjà été anesthésiée si j’avais su je vous aurais posé une anesthésie locale, vous n’auriez plus rien senti. »

On me ramène mon bébé avant qu’elle termine et je goûte enfin au bonheur de l’avoir dans mes bras sans trembler de douleur. La gyneco termine et tandis que le papa arrive, nous quitte, visiblement tres fière de son travail :
« Votre mari me remerciera, je vous ai fait mieux qu’avant, une vraie jeune fille. »

Mais nous, on n’avait rien demandé Madame. 4 mois après, PERSONNE ne la remercie. Ce dont je suis victime, je n’ai plus peur des mots, c’est du « point du mari ».

Le point du mari, c’est ce fameux point que les gynécologues font, aujourd’hui encore, malgré son interdiction, aux femmes, afin qu’après l’accouchement, elles aient le vagin plus resserré encore qu’avant la grossesse. « Des jeunes filles » prêtes à donner à nouveau du plaisir à leur mari, puisque c’est ce à quoi elles sont bonnes.

La douleur, psychologique et physique de cet acte de boucherie

D’abord j’ai mis plusieurs semaines à pouvoir m’asseoir et m’allonger sans grimacer. A pouvoir marcher en me tenant plus ou moins droite. A pouvoir porter bébé sans avoir peur de faire une hémorragie.
Au cours de ces semaines, j’ai senti un point sauter, mais je ne m’en suis pas inquiétée.
Puis à chaque consultation, on m’a toujours dit que je cicatrisais bien, que c’était « du beau travail ». Alors j’ai fait confiance. Encore.

En attendant, les semaines passent, je fais ma rééducation du périnée et ma super sage femme découvre une bride. « C’est sûrement ça qui te fait mal, il faut la masser ».
Ce « massage » n’a rien de plaisant, croyez moi. Il est douloureux, si douloureux qu’il m’en donne la nausée. Je pleure toujours autant. A chaque consultation, à chaque examen. Je ne peux supporter qu’on me touche. Mon fiancé non plus – alors NON, il est loin de remercier le Dr K. Mais il comprend. Même si les mois passent. Et il m’accompagne dans toutes les démarches qui me feront avancer.

Puis en septembre tout s’accélère, on me parle de la méthode Indiba. Des électrodes qui peuvent aider à assouplir des cicatrices douloureuses. C’est magique. Et surtout je tombe sur LA sage femme qui va changer ma vie.
Elle découvre une bride. Une seconde. Que personne ne soupçonnait.

Elle est étonnée qu’on ne m’ait pas déjà coupé ça. C’est un morceau de peau/de muqueuse, qui ne devrait simplement pas exister. Il se trouve au niveau du point qui a sauté. Ce fameux point en trop. Elle n’ose pas le dire. J’en parle ouvertement, tant ça me révolte, elle ne confirme pas. « Je ne peux pas vraiment dire ça, on travaille souvent avec les médecins de l’hôpital, ça reste des collègues ».

 

Voila, comment est ce que c’est encore possible de faire subir ça en France ? Vous connaissiez avant mon article ?

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29 commentaires pour “Témoignage de violence gynécologique : J’ai subi le point du mari …

  1. J’avais lu son témoignage et il m’avait tellement choqué. Je ne comprends pas que cela ait pu se produire en France de nos jours. C’est encore d’actualité et ça me dépasse ! J’espère de tout coeur que des témoignages comme ceux d’Emilie feront évoluer les choses !

  2. Brrrr, il fait froid dans le dos cet article! Pour moi, c’est une forme de viol, ni plus ni moins! Il n’y a pas moyen de porter plainte contre le gynéco? Il lui a charcuté son intimité sans aucun accord et elle en subit les lourdes séquelles. Punaise, dans quel monde vivons-nous?

    1. C’est aussi un viol pour moi … Elle disait que porté plainte c’est encore usé de l’energie et surtout les médecins se protège entre eux et même sa sage femme ne veut pas « se moullier » triste monde <....

  3. Coucou,
    Comme je comprend ton témoignage ! Comme toi j’ai du avoir ce point après mon premier bébé chaque rapport était un enfer, bien trop tendu tout ça, ça a fini par se déchirer et j’allais mieux, enfin oui, non, car la ou çà craque ça laisse un bout de chaire douloureux, bref…

    J’ai eu la chance d’avoir une seconde grossesse, une belle déchirure recousue convenablement et SANS EXCÈS voilà.

    Je ne sais pas si il existe un schéma pour les mamans qui se demandent si elle ont eut le point du mari, en effet c’est dur de juger si on l’a ou non, si c’est recousue simplement trop ou pas 🙁

    Car beaucoup de femme doivent se dire on me dit que c’est du bon travail…
    Bon courage, Amanda

    1. Bonjour,

      Je suis l’auteure de ce témoignage. Et je ne saurais trop vous répondre car il peut également arriver qu’un point soit fait en trop de par la complexité de la suture avec le sang après l’accouchement etc.

      Là où le « point du mari » est détectable c’est avec ce que dit le gyneco qui s’en vente toujours de la même façon d’apres les nombreux témoignages que j’ai reçu après mon récit sur Twitter & Facebook.
      « Je vous ai fait mieux qu’avant … votre mari va être content » ce genre de commentaire dont on se passerait bien.

      Merci pour votre soutien et désolée que cela vous soit également arrivé, c’est tellement anormal …!

  4. Je vois passer tellement de témoignages de violences obstétricales entre autres, c’est sidérant, il y aurait ici, de quoi porter plainte largement, les expertises sont impartiales et une attestation peut facilement faire office de preuve, mais c’est clair que se lancer dans une plainte demande beaucoup d’énergie. J’avoue, que, le détail qui m’a choqué encore plus c’est de lire que la gynéco qui lui a fait ça est une femme…

  5. Je pense qu’il faudrait faire le point du mari au Dr K., sérieusement. Mon avis sur les médecins ne va pas et n’ira sûrement pas en s’arrangeant! Révoltant!

  6. Une honte, mais une histoire malheureusement pas isolée. Si on avait fait une quelconque modification douloureuse à monsieur pour le plaisir de madame, le chirurgien serait déjà devant les tribunaux pour traitements inhumains et dégradants. La parole de la femme, on s’en fiche.

  7. J’en ai entendu parler de ce fameux point. On se croirait au XIXe siècle…
    C’est important d’en parler afin que les femmes connaissent et ne se laissent pas faire. Je pense quand même que les équipes médicales évoluent. J’ai eu la chance d’avoir une simple déchirure pour mon 1er bébé (réparée correctement) et rien pour les 3 suivants.

  8. Je suis révoltée par ce témoignage, bien que je n’aie jamais eu d’enfants et n’en désire d’ailleurs pas. Ce n’est pas le premier que je lis. En tant que femme, ça me touche. Moi je pense qu’il faudrait tout simplement crier haut et fort le nom de cette gynécologue ou de tous ces praticiens qui font subir un cauchemar à ces femmes. Car c’est scandaleux, atroce et inhumain. Donner leur nom aura peut-être plus d’impact et pourrait prévenir les futurs mamans afin qu’elles puissent éviter de passer entre leurs mains. Bon courage à toutes !

    1. C’est absolument scandaleux… j’admire les femmes qui assume de ne pas vouloir d’enfant j’en parle souvent ici … si vous voulez témoigner Marlène ce sera un plaisir. Belle journée

      1. Maman Pavlova tu peux me tutoyer on se connaît, j’étais en formation (LUP) avec Antoine en 2009 ! 😀 Ok pour témoigner sinon 🙂

          1. Héhé ! Ok je vais réfléchir et commencer à écrire un texte. Je te tiens au courant. Merci !

  9. Mais j’ai parcouru tes articles et je n’ai pas vu de sujets autour des femmes qui ne souhaitent pas être maman, alors que tu dis que tu en parles souvent d’après tes dires…

    1. Oui, j’ai un artcile qui parle des enfants fait par pur obligation sociétal, celui la il félicite les femmes qui assume leurs choix de ne pas vouloir d’enfant entre autre. Régulièrement dans mes commentaires ou artcile mais pas forcément dédiés je félicite les choix libres et éclairés des femmes dont celui de ne pas vouloir d’enfant, dans ma liste de témoignage en recherche j’en avais un comme le tiens. Je trouve insupportable l’injonction de la société sur ce sujet.

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