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La bienveillance est-elle le nouveau mot creux à la mode ?

La bienveillance, nouveau mot fourre-tout ?

Aujourd’hui, tout est bienveillant. Les écoles veulent des “communications bienveillantes”, les DRH licencient en mode “écoute active”, et même les trolls sur les réseaux ajoutent “en toute bienveillance” avant de vous dézinguer.

Le mot est partout. Il s’infiltre dans les bulletins d’info, dans les présentations PowerPoint RH, dans les chartes éthiques de boîte de consulting et dans les slogans LinkedIn. On n’a jamais autant entendu parler de bienveillance… mais est-ce qu’on en voit vraiment plus ?

À force d’être collé partout comme un autocollant sur une poubelle, ce mot commence à ne plus vouloir dire grand-chose. Il est temps d’ouvrir les yeux : et si la “bienveillance” était devenue un cache-misère lexical, une version corporate du “sois gentil et tais-toi” ?

La bienveillance

1. L’explosion du mot “bienveillance” : du cœur au PowerPoint

À l’origine, c’était joli.

Bienveillance : “veiller au bien” de l’autre. Une posture, une attention, une écoute vraie.

Mais le monde de la com’, du management, et du parenting 2.0 s’en est emparé. Et là, ça a dégénéré.

Aujourd’hui :

  • Tu reçois un mail de ton chef pour t’annoncer que ton poste est supprimé : “Dans un souci de bienveillance et d’alignement avec nos objectifs stratégiques, nous te remercions pour ton engagement.”
  • Tu poses une question sur un forum parental ? On te répond : “Je dis ça en toute bienveillance, mais tu fais n’importe quoi avec ton enfant.”
  • Tu postes une photo de goûter maison ? “Ici aussi, on essaye d’être bienveillants avec le sucre.” (mais t’as quand même droit à une salve sur les additifs si t’as mis des pépites de chocolat industrielles).

On colle “bienveillance” partout comme on met de la coriandre dans tous les plats branchés : même quand ça n’a rien à faire là.


2. Quand les mots deviennent vides : la coquille creuse du siècle

Le problème, c’est que quand on utilise un mot pour tout, il ne veut plus rien dire.

La bienveillance est devenue ce label chic, ce cache-poussière verbal qui permet d’habiller des intentions pas toujours aussi douces qu’on le prétend.

Exemples :

  • “Discussion bienveillante” : souvent une réunion passive-agressive où personne n’ose se dire les choses.
  • “Charte de bienveillance” dans les groupes Facebook : surtout là pour pouvoir virer les gens sans justification.
  • “Entreprise bienveillante” : souvent une boîte qui mise tout sur le yoga en salle de pause et zéro sur les salaires.

Et à force de vider les mots de leur substance, on finit par dégoûter les gens de ce qu’ils portent de bon au départ.

Tu veux un parallèle ? C’est comme le mot “authenticité” chez les influenceurs. Quand tout le monde crie qu’il est “authentique” en robe satinée devant une cascade à Bali, ben… plus personne n’y croit.

Zen soyons ZEN

3. “Manager bienveillant” : le doux visage de la pression ?

Attention, sujet qui gratte un peu.

Parce qu’aujourd’hui, dans l’univers pro, la bienveillance devient un outil de management. Sur le papier, on adore : un chef qui écoute, comprend, soutient.

Mais dans la réalité ?

  • C’est souvent un manager qui te demande d’en faire plus… mais en te le demandant avec le sourire.
  • C’est celui qui te dit “prends soin de toi”… après t’avoir collé 4 projets impossibles.
  • C’est celui qui instaure la “culture du feedback bienveillant” pour te faire des reproches sans passer pour le méchant.

On appelle ça le soft management. Ou, plus franchement : l’art de te faire bosser deux fois plus sans oser te plaindre, parce qu’on t’a dit merci avec les yeux.


4. Et si on redonnait du sens au mot “bienveillance” ?

Parce que non, le problème ce n’est pas la bienveillance.

Le problème, c’est de la travestir, de s’en servir comme argument marketing, comme outil de façade, au lieu d’en faire un vrai levier de lien humain.

Être bienveillant, ce n’est pas faire semblant d’être doux.

C’est :

  • dire les choses avec respect mais sans hypocrisie ;
  • poser un cadre clair mais humain ;
  • agir cohérent avec ses valeurs, pas juste ses mots.

C’est aussi parfois dire non, poser ses limites, s’affirmer. Ce n’est pas dire amen à tout avec un sourire de façade.


Conclusion : redevenir vraiment bienveillant, c’est arrêter d’en parler ?

Peut-être qu’on redeviendra vraiment bienveillants quand on arrêtera de brandir le mot à tout-va.

Parce que la vraie bienveillance ne se proclame pas, elle se vit. C’est une manière d’être, pas un argument dans une charte ou un mail RH.

Et si on se remettait à veiller vraiment au bien de l’autre, sans le dire toutes les 3 phrases ?

Maman Pavlova

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